21 janvier 2008

LA RUPTURE QUE NOUS ATTENDONS (Fred FOREST)

En juin dernier, une pétition a été signée par 500 artistes plasticiens, dénonçant violemment les fonctionnements d'un système étatique, qui depuis trois décennies régit, toute coloration politique confondue, la scène des arts visuels en France. Certes, nous avons eu des ministres animés des meilleures intentions qui, avec Jack Lang, Jacques Toubon ou Catherine Trautmann ont tentés de secouer le cocotier, mais, paradoxalement, le système à cette occasion n'a fait que se lover sur lui-même pour répéter ses propres errements. Ce qui frappe, aujourd'hui, c'est que cette protestation collective semble inédite dans la mesure, où il ne s'agit nullement, cette fois, d'une contestation de caractère politique ou corporatiste, mais, plus, d'une revendication d'ordre citoyenne, éthique et de portée symbolique. Comme si les artistes voulaient eux-mêmes, après tant d'années de vicissitudes et d'arbitraire subis, enfin rompre avec un système non équitable, et retrouver une dignité inhérente à leur fonction, décidant, pour ainsi dire, de prendre en charge leur propre destin. La cible visée n'est certainement pas, telle ou telle personne en particulier, mais un milieu esthético-mondain, complexe, où les intérêts privés croisent les intérêts publics, et où les connivences tiennent lieu de morale publique. Les maîtres du jeu, ceux qui mènent finalement la danse, disposant à leur guise des budgets de l'Etat, du pouvoir de désignation et de distinction des artistes " méritants ", et incidemment des autres, sont un quarteron de fonctionnaires, ou de chargés de mission inamovibles. Ils administrent dans une équation binaire, qui fonctionne alternativement en circuit fermé, de la Délégation des Arts plastique (DAP) à Cultures France (ex AFAA).
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